renlacLe 19 avril 2017, M. Inoussa KANAZOE, PDG du groupe Kanis International et de l’entreprise CIMFASO, a été arrêté avec certains de ses collaborateurs dans le cadre d’une procédure judiciaire engagée à leur encontre pour, entre autres, «faux et usage de faux en écriture de commerce», «fraude fiscale», «usage frauduleux de numéro IFU», «tromperie du consommateur», «abus de confiance aggravée», «blanchiment des capitaux», selon Mme le Procureur du Faso près le TGI/Ouagadougou.  

Cette arrestation intervient à la suite d’une cascade de révélations de scandales faites par la presse, qui impliqueraient gravement et au premier chef, M. Inoussa KANAZOE. Dans le cadre du traitement du dossier, des tentatives de corruption et des pressions diverses ont été alléguées. Dans la parution n° 128 du 25 mars 2017 du bimensuel Courrier Confidentiel, le journaliste investigateur par qui l’affaire a été portée sur la place publique, a confié avoir subi d’énormes pressions, afin de le contraindre à renoncer à la publication de «l’Acte 2» de son article. Il poursuit en livrant la teneur des échanges entre lui et un émissaire du Directeur Général de CIMFASO, M. Inoussa KABORE. «Essaie de voir si tu peux surseoir à l’Acte 2. On va se voir après», lui aurait lancé ledit émissaire qui ne tardera pas à lui préciser ceci : «il faut qu’on te soutienne (…). Tu sais, cher ami, ce n’est pas pour rien que certains journaux ont fermé (…). Mais on va voir pour arranger tout ça; si tu as ça régulièrement, c’est pas beaucoup, mais ça crée des ressources financières pour le journal. Ou bien ?», etc. Ces pressions n’ayant pas pu stopper le journaliste dans son élan, ce sont les Officiers de Police Judiciaire (OPJ) en charge des enquêtes préliminaires sur l’affaire qui seront pris pour cible. En attestent, les graves déclarations du Capitaine LOMPO au cours de la conférence de presse du 24 avril 2017 animée par le Parquet du TGI de Ouagadougou sur ladite affaire : «Nous sommes partis avec des propositions de plusieurs centaines de millions, et nous avons même passé le cap du milliard». Qui sont les auteurs de ces tentatives de corruption ? Pourquoi misent-ils tant pour sauver Inoussa KANAZOE? D’ores et déjà, le REN-LAC tient à féliciter les acteurs qui ont refusé la corruption et qui ont permis à cette affaire d’être sur la place publique; il souhaite vivement que ces tentatives de corruption soient traitées avec diligence pour faire comprendre à ceux qui croient toujours que tout s’achète (y compris la justice), qu’ils doivent déchanter. Il y va de la crédibilité de la justice.

Par ailleurs, une certaine opinion voudrait faire croire que l’interpellation de KANAZOE Inoussa pourrait influencer le niveau des flux d’investissements au Burkina Faso parce que l’arrestation d’un des leurs peut créer la panique au sein des opérateurs économiques. Cette opinion est-elle ignorante? Verse-t-elle dans la provocation et dans l’imposture ? Veulent-ils nous faire croire que le secteur économique privé est devenu un refuge pour des présumés malfrats en quête d’immunité? Un opérateur économique quelle que soit sa «puissance», reste tout de même un simple citoyen, donc un justiciable comme les autres citoyens.

Fidèle à sa mission anti-corruption, le REN-LAC tient avant tout, à saluer à sa juste valeur la procédure déclenchée pour l’élucidation de cette affaire. Il souhaite vivement que cette procédure soit, non pas une simple action de communication, mais plutôt un véritable signal d’une traque sincère de la grande délinquance en col blanc; puisse ce signal indiquer que la justice burkinabé est en train de s’assumer et de s’élever progressivement à la hauteur de la soif de justice qui tenaille le Peuple burkinabé. En tout état de cause, cet élan doit s’étendre et se renforcer à l’égard de tous ceux (politiciens, hommes d’affaires…) qui, des décennies durant, ont bâti leur fortune sur des pratiques mafieuses et criminelles, aux antipodes de la bonne gouvernance. La situation actuelle de notre pays, au fond du gouffre, relève de leur incurie.

Face au développement progressif des pressions exercées d’une part, par des politiques et d’autre part, par des détenteurs de pouvoir économique en vue d’empêcher à tout prix la manifestation de la vérité dans les affaires de justice, le REN-LAC :

  • condamne fermement ces agissements malsains et prend l’opinion publique à témoin, quant à ce qui pourrait advenir à l’un quelconque des acteurs impliqués dans le traitement des scandales de fraudes fiscales;
  • adresse ses vives félicitations et ses encouragements aux journalistes d’investigation, aux OPJ et à tous les autres acteurs judiciaires qui ont su résister avec dignité à ces épreuves;
  • invite tous les acteurs de la justice à résister aux différentes pressions et à traiter avec diligence cette affaire dans le strict respect des droits de la défense;
  • exhorte Mme le Procureur du Faso près le TGI de Ouagadougou à tout mettre en œuvre afin que toutes les tentatives de corruption alléguées dans le cadre du traitement de ce dossier ne restent pas impunies, comme elle l’a promis lors de sa conférence de presse du 24 avril 2017;
  • encourage la justice et l’ensemble des magistrats intègres à multiplier les efforts pour l’élucidation de tous les crimes économiques pendants en justice afin de donner foi à l’expression «nul n’est au-dessus de la loi»;
  • appelle le pouvoir à prendre toutes les dispositions pour la protection de tous ceux qui contribuent à la manifestation de la vérité dans les affaires de crimes économiques ;
  • invite les opérateurs économiques sincères à emprunter le chemin de l’assainissement du milieu des affaires en se battant résolument contre les pratiques mafieuses et en s’engageant dans le combat pour un Burkina prospère où il fait bon vivre.

Fait à Ouagadougou le 1er mai 2017  

Pour le Secrétariat Exécutif

 

Dr. Claude WETTA

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