renlacLe 19 avril 2017, M. Inoussa KANAZOE, PDG du groupe Kanis International et de l’entreprise CIMFASO, a été arrêté avec certains de ses collaborateurs dans le cadre d’une procédure judiciaire engagée à leur encontre pour, entre autres, «faux et usage de faux en écriture de commerce», «fraude fiscale», «usage frauduleux de numéro IFU», «tromperie du consommateur», «abus de confiance aggravée», «blanchiment des capitaux», selon Mme le Procureur du Faso près le TGI/Ouagadougou.  

Cette arrestation intervient à la suite d’une cascade de révélations de scandales faites par la presse, qui impliqueraient gravement et au premier chef, M. Inoussa KANAZOE. Dans le cadre du traitement du dossier, des tentatives de corruption et des pressions diverses ont été alléguées. Dans la parution n° 128 du 25 mars 2017 du bimensuel Courrier Confidentiel, le journaliste investigateur par qui l’affaire a été portée sur la place publique, a confié avoir subi d’énormes pressions, afin de le contraindre à renoncer à la publication de «l’Acte 2» de son article. Il poursuit en livrant la teneur des échanges entre lui et un émissaire du Directeur Général de CIMFASO, M. Inoussa KABORE. «Essaie de voir si tu peux surseoir à l’Acte 2. On va se voir après», lui aurait lancé ledit émissaire qui ne tardera pas à lui préciser ceci : «il faut qu’on te soutienne (…). Tu sais, cher ami, ce n’est pas pour rien que certains journaux ont fermé (…). Mais on va voir pour arranger tout ça; si tu as ça régulièrement, c’est pas beaucoup, mais ça crée des ressources financières pour le journal. Ou bien ?», etc. Ces pressions n’ayant pas pu stopper le journaliste dans son élan, ce sont les Officiers de Police Judiciaire (OPJ) en charge des enquêtes préliminaires sur l’affaire qui seront pris pour cible. En attestent, les graves déclarations du Capitaine LOMPO au cours de la conférence de presse du 24 avril 2017 animée par le Parquet du TGI de Ouagadougou sur ladite affaire : «Nous sommes partis avec des propositions de plusieurs centaines de millions, et nous avons même passé le cap du milliard». Qui sont les auteurs de ces tentatives de corruption ? Pourquoi misent-ils tant pour sauver Inoussa KANAZOE? D’ores et déjà, le REN-LAC tient à féliciter les acteurs qui ont refusé la corruption et qui ont permis à cette affaire d’être sur la place publique; il souhaite vivement que ces tentatives de corruption soient traitées avec diligence pour faire comprendre à ceux qui croient toujours que tout s’achète (y compris la justice), qu’ils doivent déchanter. Il y va de la crédibilité de la justice.

Par ailleurs, une certaine opinion voudrait faire croire que l’interpellation de KANAZOE Inoussa pourrait influencer le niveau des flux d’investissements au Burkina Faso parce que l’arrestation d’un des leurs peut créer la panique au sein des opérateurs économiques. Cette opinion est-elle ignorante? Verse-t-elle dans la provocation et dans l’imposture ? Veulent-ils nous faire croire que le secteur économique privé est devenu un refuge pour des présumés malfrats en quête d’immunité? Un opérateur économique quelle que soit sa «puissance», reste tout de même un simple citoyen, donc un justiciable comme les autres citoyens.

Fidèle à sa mission anti-corruption, le REN-LAC tient avant tout, à saluer à sa juste valeur la procédure déclenchée pour l’élucidation de cette affaire. Il souhaite vivement que cette procédure soit, non pas une simple action de communication, mais plutôt un véritable signal d’une traque sincère de la grande délinquance en col blanc; puisse ce signal indiquer que la justice burkinabé est en train de s’assumer et de s’élever progressivement à la hauteur de la soif de justice qui tenaille le Peuple burkinabé. En tout état de cause, cet élan doit s’étendre et se renforcer à l’égard de tous ceux (politiciens, hommes d’affaires…) qui, des décennies durant, ont bâti leur fortune sur des pratiques mafieuses et criminelles, aux antipodes de la bonne gouvernance. La situation actuelle de notre pays, au fond du gouffre, relève de leur incurie.

Face au développement progressif des pressions exercées d’une part, par des politiques et d’autre part, par des détenteurs de pouvoir économique en vue d’empêcher à tout prix la manifestation de la vérité dans les affaires de justice, le REN-LAC :

  • condamne fermement ces agissements malsains et prend l’opinion publique à témoin, quant à ce qui pourrait advenir à l’un quelconque des acteurs impliqués dans le traitement des scandales de fraudes fiscales;
  • adresse ses vives félicitations et ses encouragements aux journalistes d’investigation, aux OPJ et à tous les autres acteurs judiciaires qui ont su résister avec dignité à ces épreuves;
  • invite tous les acteurs de la justice à résister aux différentes pressions et à traiter avec diligence cette affaire dans le strict respect des droits de la défense;
  • exhorte Mme le Procureur du Faso près le TGI de Ouagadougou à tout mettre en œuvre afin que toutes les tentatives de corruption alléguées dans le cadre du traitement de ce dossier ne restent pas impunies, comme elle l’a promis lors de sa conférence de presse du 24 avril 2017;
  • encourage la justice et l’ensemble des magistrats intègres à multiplier les efforts pour l’élucidation de tous les crimes économiques pendants en justice afin de donner foi à l’expression «nul n’est au-dessus de la loi»;
  • appelle le pouvoir à prendre toutes les dispositions pour la protection de tous ceux qui contribuent à la manifestation de la vérité dans les affaires de crimes économiques ;
  • invite les opérateurs économiques sincères à emprunter le chemin de l’assainissement du milieu des affaires en se battant résolument contre les pratiques mafieuses et en s’engageant dans le combat pour un Burkina prospère où il fait bon vivre.

Fait à Ouagadougou le 1er mai 2017  

Pour le Secrétariat Exécutif

 

Dr. Claude WETTA

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Lire aussi

ARMES« Suite à un incident, une des parties a porté à la connaissance d'une Brigade de Gendarmerie de la ville de Ouagadougou, de ce que son antagoniste possédait une arme à son domicile. La perquisition qui s'en est suivi a permis de retrouver un arsenal dans cette maison. En effet cet artisan de profession, gardait dans un sac un fusil d'assaut Kalachnikov crosse escamotable, 2 chargeurs garnis de 63 cartouches 7,62mm, et une boîte entamée de cartouches de 9mm.

Ce genre de réaction est à saluer et à encourager quelles que soit ces motivations car, une arme de guerre est au moins , hors d'état de nuire .

Après les investigations, il est ressorti que l'arme se trouvait dans un sac qui aurait été confié à ce monsieur par un ami aujourd'hui en fuite. Ce dernier a déjà fait de la prison et est recherché activement pour des braquages dans le sud-ouest et l'ouest du pays.

Faites attention aux affaires que l'on peut vous confier : ici le recel d'armes de guerre ou la complicité à une entreprise terroriste peuvent lui être reprochés. Sachez également qu'au delà du détenteur, celui ou celle qui est informé ou est témoin d'une détention illégale d'arme de guerre peut être accusé de connivence avec une entreprise terroriste.

Les menaces sont réelles. Restez vigilants et collaborez surtout en signalant toutes choses que vous trouverez suspectes.

La Gendarmerie Nationale, une force humaine à votre service »

FIDH photoDakar, 22 juillet 2016 – 30 organisations d’activistes réunies à Dakar pour discuter des processus électoraux en Afrique à l’invitation de la FIDH et de la conférence des OING de l’OIF ont adopté une feuille de route pour le changement par les élections et réaffirmés leur implication dans la campagne #MonVoteDoitCompter comme cadre de mobilisation internationale.

« Malgré des victoires démocratiques comme au Burkina Faso et au Sénégal, les peuples africains demeurent encore trop souvent pris en otage par leurs dirigeants. 9 présidents africains qui cumulent à eux seuls 280 années au pouvoir, soit en moyenne 32 ans au pouvoir par dictateur. Nos organisations ont décidé de s’unir pour changer cette donne, » a déclaré Souhayr Belhassen, présidente d'honneur de la FIDH présente à Dakar

Dans certains pays les systèmes politiques largement déficients demeurent en place, d’oùdes blocages structurels de nature à dévoyer le choix des citoyens et les institutions qui sont censées les représenter.

Les participants se sont ainsi accordés sur le besoin crucial de réformes institutionnelles et politiques de nature à garantir pleinement les droits fondamentaux, l’état de droit, l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, pour la transparence et la bonne gouvernance. Assurer l’information, l’éducation et la mobilisation des populations a été également soulignée comme une priorité pour garantir une pleine citoyenneté, le libre choix des électeurs, et des élections apaisées.

Outre la sensibilisation des populations, les réformes institutionnelles sont le pivot de ces transformations. Elles doivent se concrétiser par l’adoption de Constitutions, de lois électorales et par la mise en place d’organes de contrôle et d’observation des élections rénovés et conformes aux principes internationaux en la matière. L’indépendance de ces organes doit être une réalité. Ainsi l’État de droit, et notamment l’existence de recours effectifs, constitue une dimension essentielle du renforcement démocratique.

« La rencontre de nos mouvements citoyens et de nos organisations de défense des droits humains est une occasion historique pour changer la société. Un tel changement ne peut ignorer la majorité de l’humanité, les femmes. Elles doivent pouvoir voter librement, être élues et diriger. Sans leur participation effective à nos systèmes politiques, nos démocraties ne le seront jamais, » Floribert Anzuluni, coordinateur du mouvement citoyen Filimbi au nom des mouvements citoyens présents.

Sur le plan international, nos organisations se sont engagées à organiser la solidarité et la protection des activistes investis dans le combat pour la démocratie. A cette fin, nos organisations agissent au sein de la campagne #MonVoteDoitCompter qui réunit déjà une centaine d’ONG et de mouvements citoyens sur tout le continent. Elles feront entendre leur voix et proposeront des solutions pour influer sur la communauté internationale qui joue un rôle central dans les processus électoraux.

« La communauté internationale doit adopter des positions cohérentes et conformes à nos principes et nos valeurs. La recherche de solutions pacifiques ne doit pas amener la communauté internationale à soutenir les forces démocratiques dans un pays et cautionner une dictature dans un autre, » Roger Ferrari, président de la Conférence des OING de l'OIF.

Nos organisations rappellent que des défenseurs demeurent toujours emprisonnés : Christopher Ngoyi Mutamba, Fred Bauma et Yves Makwambala et encore récemment Jean de Dieu Kilima de Filimbien RDC, d’autres subissent des actes de représailles et d’intimidation, ou des menaces comme Marc Ona Essangui au Gabon, Dobian Assingar au Tchad, Ali Idrissa et d’autres au Niger, en République du Congo, à Djibouti, au Cameroun, en Angola, au Zimbabwe, en Ouganda, ou encore en Ethiopie. Nos organisations appellent instamment à la libération immédiate de tous les militants et défenseurs des droits humains actuellement en détention.

Principales recommandations de la Conférence :

Les 30 organisations de la société civile, de défense des droits humains, de mouvements citoyens, ainsi que des experts issus de 20 pays francophones réunis à Dakar les 18 et 19 juillet 2016, appellent :

Les États membres de l’Union Africaine à :

  • Ratifier, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, et respecter la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG), notamment en introduisant en droit interne les dispositions de cette dernière
  • Promouvoir la CADEG auprès des citoyens
  • Adopter des lois électorales nationales garantissant l’application en droit interne des principes internationaux ;
  • Faire reconnaître par l’Union Africaine que les coups d’État civils et autres manipulations électorales sont des changements anticonstitutionnels de pouvoir prévus et sanctionnés par l’article 30 de l’Acte constitutif de l’Union Africaine, l’article 7g du protocole relatif à la création du conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine et la déclaration de Lomé ;
  • Faire adopter par l’Union Africaine un régime de sanctions complémentaires en cas de violation de ces dispositions ;
  • Faciliter la participation des ONG dans les processus électoraux, notamment en inscrivant l’observation citoyenne des élections comme un droit constitutionnel ;
  • Exiger et procéder à la libération de toutes les personnes arrêtées et détenues en raison de leur engagement en faveur d’un processus électoral crédible et du respect des droits humains.

La communauté internationale :

  • D’adopter des positions constantes et respectueuses des principes et des valeurs des droits humains afin d’éviter l’application de standards différenciés face aux violations des droits humains en particulier du droit de choisir librement ses dirigeants ;
  • Reconnaitre et dénoncer publiquement que les coups d’État civils et autres manipulations électorales sont des changements anticonstitutionnels et atteintes graves à la démocratie et le cas échéant adopter des sanctions ;
  • Soutenir la société civile, les mouvements citoyens et les acteurs de changement pacifiques dans leurs revendications en faveur du respect des libertés fondamentales et des réformes institutionnelles démocratiques.

Les états membres de l’OIF à :

  • Intégrer en droit interne les disposition de la Déclaration de Bamako de l’OIF ;
  • Prendre en compte et intégrer des recommandations de la société civile sur les enjeux électoraux dans la déclaration des Chefs d’Etats et de gouvernement de la Francophonie ;
  • Faire reconnaître par l’OIF que les coups d’État civils et autres manipulations électorales sont des ruptures de la démocratie prévus et sanctionnés par l’article 3 du chapitre 5 de la Déclaration de Bamako ;
  • Faire adopter par l’OIF un régime de sanctions complémentaires en cas de violation de cette disposition.

Les 30 organisations de la société civile, de défense des droits humains, de mouvements citoyens, ainsi que des experts issus de 20 pays francophones réunis à Dakar les 18 et 19 juillet 2016, appellent également à la libération immédiate des militants détenus en raison de leur engagement en faveur d’un processus électoral crédible et du respect des droits humains, en particulier : Christopher Ngoyi Mutamba, Fred Bauma et Yves Makwambala et encore récemment Jean de Dieu Kilima de Filimbi en RDC, d’autres subissent des actes de représailles et d’intimidation, ou des menaces comme Marc Ona Essangui au Gabon, Dobian Assingar au Tchad, Ali Idrissa et d’autres au Niger, en République du Congo, à Djibouti, au Cameroun, en Angola, au Zimbabwe, en Ouganda, ou encore en Ethiopie.

Co-signataires :

Association malienne des droits de l’Homme (AMDH)
WILDAF-Mali

Groupe Lotus

Filimbi

Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH)

Organisation nationale des droits de l’Homme (ONDH)

Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO)

Y’en a marre

Organisation guinéenne des droits de l’Homme (OGDH)

Ligue ITEKA

Ligue des droits de la personne dans la région des Grands lacs (LGDL)

Mouvement burkinabé des droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP)

Le Balai citoyen

Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH)

Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH)

Association nigérienne des droits de l’Homme (ANDDH)

Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire au Niger. (ROTAB)

LIPRODHOR

Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH)

Maison des droits de l’Homme du Cameroun (MDHC)

Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC)

Conférence des OING

RF-EFH

Confédération Syndicale Internationale (CSI)

PIRJEF

CSFEF

FIDH

Ras le bol

……………………….

La FIDH est une ONG internationale de défense des droits humains qui fédère 178 organisations dans près de 120 pays. Depuis 1922, partout dans le monde, la FIDH enquête, documente, et pousse les États à adopter des politiques respectueuses des droits humains. La FIDH poursuit également les auteurs de violations des droits humains et accompagne les victimes devant les tribunaux.

justice logoDéclaration. Depuis l’ascension au pouvoir de Monsieur Roch Marc Christian Kaboré, suite aux élections couplées présidentielles et législatives de Novembre 2015, remportées par le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP), avec le soutien de ses alliés de l’Alliance des partis et formations de la majorité présidentielle (APFMP) (UNIR/PS, FFS, PAREN, PDP/PS, PDS/METBA, etc.), les autorités judiciaires ont procédé discrètement à la mise en liberté provisoire de plusieurs dignitaires du régime de Blaise Compaoré (les ex-maires Salia Sanou, Zakaria Sawadogo, Basile Kaboré, Pascal Tiga Ouédraogo, les ministres Jérôme Bougouma, Jean-Bertin Ouédraogo, le président du CDP Eddie Komboigo, le commandant par intérim de l’ex-RSP Aziz Korogo, etc.), présumés coupables de crimes économiques et de crimes de sang. Aussi, des décisions de justice impopulaires telles que l’annulation du mandat d’arrêt contre le président de l’Assemblée nationale ivoirienne : Guillaume Soro, et la révocation de deux juges près le Tribunal militaire suscitent l’inquiétude et la colère des populations des villes et des villages burkinabè. Toutes les libérations et les décisions suspectes se sont produites sans que des justifications sérieuses ne soient données à l’opinion publique nationale. Cette situation augmente la douleur du peuple burkinabé, en général, et des familles des victimes meurtries par les assassinats de leurs proches, en particulier, tout comme elle compromet sérieusement leur soif de vérité et de justice.

Les multiples interviews et conférences de presse du Président Faso et de son ministre de la Justice, Réné Bagoro, pour justifier l’annulation du mandat d’arrêt contre Guillaume Soro, la libération des dignitaires de la IVème République et les remplacements du juge d’instruction civil délégué au Tribunal militaire et du commissaire du gouvernement près ledit Tribunal n’ont convaincu ni les professionnels de justice (cf. la déclaration du comité intersyndical des magistrats publiée le 11 mai 2016 par un journal en ligne, lefaso.net) ni le peuple insurgé et résistant. Au contraire, les shows médiatiques du pouvoir n’ont fait qu’attiser le sentiment d’injustice et doucher les maigres espoirs de dénouement de certains dossiers judiciaires emblématiques pendants, nés de l’insurrection populaire et de la résistance victorieuse au coup d’État perpétré à contre-courant de l’histoire par le Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Les réactions d’indignation et les protestations d’organisations de la société civile, de partis politiques et des populations sont symptomatiques de la vigilance et de la résistance citoyenne et populaire à la volonté manifeste du pouvoir du MPP de remettre en cause l’indépendance de la magistrature, et par conséquent, contrôler, voire bloquer le traitement sérieux et diligent des dossiers de crimes économiques et de crimes de sang (Norbert Zongo et ses trois compagnons d’infortune, Thomas Sankara, Dabo Boukary, Salifou Nébié, les victimes de l’insurrection populaire et du putsch du RSP, etc.). La dénonciation et le refus de domestication de la Justice par le pouvoir sont explicitement affirmés dans une déclaration, signée par les chefs des juridictions du premier degré du Burkina Faso, publiée le 17 juin 2016 par lefaso.net. En voici un extrait :

« [] le chef de l’Etat qui est ministre de la Défense, a estimé qu’au regard de la situation, il avait besoin de mettre un autre commissaire du gouvernement avec qui il peut travailler facilement [] ”le Président du Faso pourrait travailler plus facilement” comme déjà entendu, nous comprenons alors que c’est juste le vocabulaire de l’exécutif qui a changé, dans la mesure où les précédents recherchaient des « juges acquis ». Le peuple mériterait alors que cette option des nouvelles autorités lui soit expliquée, car la lutte pour l’indépendance de la justice bien comprise, c’est d’abord celle du peuple dans son ensemble dont la société civile, les partis politiques, avant d’être celle des magistrats. Un tel courage aura l’avantage de faciliter la compréhension quant à la stratégie de remise en cause des acquis de l’insurrection. Mais nous osons croire que l’histoire relativement récente qui est celle du Burkina Faso dissuadera vite de telles velléités ».

Cette sortie courageuse des magistrats révèle le malaise profond de la Justice burkinabé – notamment les professionnels de justice honnêtes, démocrates et progressistes – engluée dans des contradictions profondes, et tiraillée entre les tentatives de caporalisation de l’institution judiciaire par le nouveau-ancien régime et l’inébranlable aspiration profonde du peuple burkinabé à la liberté véritable et à la justice sociale.

Camarades militants et sympathisants,

Démocrates sincères, progressistes et révolutionnaires du Burkina Faso,

Peuple insurgé et résistant du Burkina Faso,

La Coordination des CDAIP élève la voix et s’insurge contre la volonté du régime du MPP et de ses alliés de perpétuer l’impunité et le déni de justice. Elle proteste et refuse fermement les tentatives de liquidation des acquis de l’insurrection populaire et de la résistance au putsch, chèrement conquis par notre peuple dans la sueur, le sang et la douleur. Ainsi, elle exige du pouvoir de Rock Marc Christian Kaboré :

-          L’audit sérieux de la gestion de toutes les anciennes communes du Burkina, notamment celle ayant trait aux lotissements ;

-          L’arrestation et le jugement sans condition des maires et conseillers impliqués dans des deals et détournements de parcelles ;

-          L’audit des différents organes de la Transition ;

-          Le retrait pur et simple des parcelles détournéeset leur réattribution aux véritables bénéficiaires ou aux populations nécessiteuses ;

-          Le traitement sérieux et diligent de tous les dossiers de crimes économiques et crimes de sang, commis avant et pendant l’insurrection populaire et la résistance victorieuse au putsch et sous la Transition.

La Coordination ne ménagera aucun effort pour la défense ferme et l’approfondissement des acquis de l’insurrection populaire et de la résistance au putsch. Elle appelle les populations à se tenir prêt pour répondre aux mots d’ordre qu’elle viendrait à lancer en vue de faire échec à cette tentative de liquidation de nos acquis chèrement conquis.

Ouagadougou, le 17 Juillet 2016

La Coordination

codLes élections municipales du 22 mai 2016 ont marqué le point d’achèvement du cycle électoral amorcé avec la tenue des élections générales (présidentielle et législatives) le 29 novembre 2015. La CODEL a déployé 1056 observateurs et observatrices sur l’ensemble du territoire national qui ont permis de suivre le déroulement du scrutin du 22 mai 2016 et de contribuer à la résolution d’un certain nombre de dysfonctionnements. Après avoir participé, à travers son dispositif de veille électorale pro actif, à la bonne tenue des élections, la CODEL adresse ce message aux conseillers municipaux nouvellement élus.

Les difficultés de mise en place des exécutifs communaux dans certaines localités

La grande majorité des communes a pu mettre en place leurs exécutifs communaux mais certaines, du fait de tensions communautaires ou de tensions entre individus, sont dans l’incapacité de le faire. La CODEL déplore les violences enregistrées dans les localités de Gomboro, Péni, Kanchari, Sabcé, Kongoussi, Karangasso Vigué,…Ces situations déplorables qui ont engendré des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants n’honorent pas notre pays. La CODEL en appelle au sens de la responsabilité des acteurs politiques. Cette question appelle des réponses à court terme relativement à la prise de mesures pour l’apaisement des tensions ainsi que la gestion des communes concernées. Mais elle appelle des réponses à plus ou moins moyen terme, dans la mesure où la question du mode de désignation des maires doit être revue.

Le besoin d’un nouveau type de citoyen

Kwamé N’ Krumah disait que « l’Afrique a besoin d’un nouveau type de citoyen, dévoué, modeste, et bien informé qui renonce à lui pour servir l’Afrique et l’humanité, un homme dont la force soit l’humanité, et sa grandeur, l’intégrité. »[1]

La CODEL fait sienne cette conviction et dit que le Burkina Faso de l’après insurrection populaire et de l’après transition a besoin d’un nouveau type de citoyen, dévoué, modeste, et bien informé qui renonce à lui pour servir le pays. Un (e) citoyen (e) dont la force est l’humanité et sa grandeur, l’intégrité. Ceci est vrai pour tout citoyen mais encore plus pour vous, conseillers municipaux, qui avez la responsabilité de parler et travailler au nom et pour le compte des populations qui vous ont élus.

La source de votre légitimité

Mesdames, Messieurs les conseillers, votre légitimité, vous la tirez des suffrages qui vous ont été accordés le 22 mai 2016. Cependant, l’élection reste une étape dans la marche vers une démocratie véritable. Vous garderez votre légitimité par la gouvernance participative et par le devoir de rendre compte que vous vous imposerez.

L’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Boutros Boutros-Ghali l’a rappelé en précisant que : « les élections, en soi, ne sont pas la marque de la démocratie, pas plus qu’elles ne l’instaurent. Elles ne sont pas une fin mais une simple étape, si importante, voire essentielle, soit-elle, sur la voie qui mène à la démocratisation des sociétés et à la réalisation du droit de participer à la direction des affaires publiques de son pays prévu dans les principaux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme. Il serait regrettable de confondre la fin et les moyens et d’oublier que la démocratie signifie bien plus que le simple fait d’exprimer périodiquement un suffrage, et s’applique à l’ensemble du processus de participation des citoyens à la vie politique de leurs pays »[2]

Votre mission n’a de sens que si elle est fondée sur les besoins et aspirations de vos concitoyens librement exprimés.

La CODEL invite les populations à une veille citoyenne continue dans le respect des lois. Nous avons désigné des concitoyens pour gérer nos maisons communes ; cette gestion doit se faire sous notre regard vigilent.

Fait à Ouagadougou, le 7 juillet 2016

Pour la CODEL

Le Président

Me Halidou Ouedraogo

 


[1] In l’Afrique doit s’unir P.157

[2] In rapport du Secrétaire général A/46/609 et Corr.1 par. 76.

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