PROSTITUTION A OUAGADOUGOU (CC du 10/08/2011)

Des européennes s’emparent du marché !

Prostitution  OuagadougouuA Ouagadougou, la prostitution est en pleine expansion ! Après les «filles à tabouret» dans les bas-quartiers, puis les «trotteuses» sur l’avenue Kwamé N’Krumah, ensuite les «filles à moto» sillonnant les principales avenues du centre-ville de la capitale burkinabè, voici venu le printemps des prostituées de race blanche. Elles viennent surtout de l’Ukraine, de la Norvège, de l’Albanie, mais aussi d’autres pays plus riches tels que la France, l’Italie, la Belgique et la Suisse. La prostitution blanche est un phénomène nouveau au pays des Hommes intègres. Mais déjà, à ce jour, le nombre de prostituées européennes dans la seule ville de Ouagadougou dépasse l’entendement du Burkinabè lambda. Elles se comptent par dizaines et exercent le «plus vieux métier du monde» avec la plus grande prudence et la plus grande discrétion. Néanmoins, les clients bien avertis savent très bien où les trouver. Ils les rejoignent dans les bistrots VIP, situés au cœur de la ville. Ces filles et femmes de joie venues d’Europe n’offrent leurs corps qu’à ceux qui ont vraiment les moyens de payer. Car il faut débourser entre 50 000 et 200 000 F CFA, voire plus, rien que pour une passe de quelques minutes! «C’est fou !», s’étonne Lassina, un jeune salarié d’une entreprise privée burkinabè. «Les clients de ces femmes-là ne sont pas des quidams comme vous et moi», lui répond Boris, son collègue de nationalité ivoirienne, établi à Ouagadougou depuis 2006.

La «prostitution blanche», cette activité assurément génératrice d’abondants billets du franc CFA de couleur violette, était mise en veilleuse en avril et mai derniers, en raison du couvre-feu instauré à Ouagadougou pour contrôler les mouvements des militaires mutins. Aujourd’hui, avec la levée de cette mesure restrictive de liberté, le «travail» a repris du poil de la bête. Et voilà Michelle, une femme de 34 ans venue d’Ukraine qui recommence à renflouer son compte personnel logé dans une banque, à Ouagadougou. C’est une femme svelte, aux yeux scintillants et aux longs cheveux noués à l’arrière. Elle aime bien converser et fournit beaucoup d’efforts pour y arriver, handicapée qu’elle est par sa faible capacité de compréhension et de maniement de la langue de Molière. Dans un français approximatif donc, appris au cours de ses brefs séjours à Kinshasa, Dakar et Ouagadougou, elle avoue avoir pensé à migrer vers Bamako pour y exercer la même activité, si le couvre-feu se perpétuait à Ouagadougou. Elle a aujourd’hui renoncé à ce projet, car avec la levée du couvre-feu, c’est la relance des activités, et ses économies ont repris l’ascenseur. «Le premier week-end seulement après le couvre-feu, j’ai gagné 850 mille francs CFA en deux jours (…)», nous a-t-elle confié, en écrasant son mégot de cigarette dans un cendrier en porcelaine. Par ses explications, nous avons pu comprendre qu’elle monte les enchères quand la demande est forte comme c’était le cas à la reprise post-couvre-feu. Pour ainsi dire, il n’y a pas de prix normalisé pour une passe; ça se négocie selon la loi de l’offre et de la demande. Mais le dialogue est tout de suite rompu si le client s’attarde sur une offre de moins de 50 000 F CFA. Autre précision importante: le client paie plus cher s’il veut, pour assouvir sa libido, emmener la femme hors de sa «maison de travail». Et pour des raisons de sécurité, Michelle et ses collègues se gardent d’aller aux domiciles de leurs clients; elles n’admettent que les hôtels qui offrent un minimum de confort et surtout de sécurité. En s’aventurant sur le sol burkinabè, Michelle n’est pas venue en touriste. Elle n’est pas là non plus pour les beaux yeux des Burkinabè. Elle a un objectif clair qui ne diffère pas de celui de la plupart des prostituées expatriées: se faire de l’argent et rentrer dans son pays pour se trouver un autre boulot et tenter de mener une vie ordinaire.

Notre entretien nocturne avec l’Ukrainienne de 34 ans a duré juste 8 minutes, pas plus ! Il a été écourté par le coup de fil intempestif d’un couche-tard qui a téléphoné à Michelle à 0h33mn, dans la nuit du samedi 19 au dimanche 29 mai 2011, pour annoncer son arrivée dans le «restaurant aux spécialités européennes et asiatiques» où nous étions. «C’est un gros client. Il arrive dans 10 mn», confie Michelle qui, sentant venir le pognon, s’est empressée de nous inviter à revenir le lendemain pour la suite de l’entretien. Mais nous n’avons plus eu la chance de rencontrer cette femme aux yeux étincelants…

Autre restaurant, mêmes services ! Appalooza, nous y voilà ! C’est un restaurant très chic; un restaurant pour personnalités «très très importantes». Rien que son apparence, vue de l’extérieur, dissuade le Ouagalais ordinaire, habitué des gargotes de quartiers populaires et des restaurants sénégalais aux bancs désaxés. Son décor lumineux donne une idée claire de la qualité de sa clientèle. Comme un cheveu dans la soupe, Appalooza se confine au milieu des bâtiments du centre administratif de Ouagadougou. A l’intérieur, travaillent une flopée de prostituées européennes, en même temps que quelques africaines qui ont de la peine à se faire remarquer. Officiellement, on y va pour manger. Le plat le plus simple, donc le moins cher, vaut 7 000 F CFA. La cuisine est tenue par des hommes et le service est assuré par des Norvégiennes, des Ukrainiennes, etc., en tout cas, des Européennes. Où sont donc les prostituées de peau blanche ? Ne cherchez pas loin ; ce sont elles justement qui pullulent à l’intérieur pour le service. Comment les aborder ? Nous avons, par téléphone, posé la question à l’un des gérants du coin, qui nous indique qu’il s’agit de discuter directement avec elles lorsqu’elles viennent pour le service. Si le marché est conclu, elle vous suit avec la «marchandise» où vous voulez. Et vous n’êtes plus obligés de terminer votre plat qui, au finish, n’aura servi que pour légitimer votre présence sur les lieux…     

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